Premier "coup de comm'" politique de l'histoire belge
par Joffrey Liénart. Publié le 28 février 2026. Durée de lecture : 16 minutes
Introduction
Le 4 mars 1886, paraît une brochure socialiste de 16 pages avec un titre détonnant. Si celui-ci semble annoncer une nouvelle religion pour les humbles, ce n’est jamais que la transposition d’un combat porté dès la fondation du Parti ouvrier belge (POB), l’année précédente, à savoir : la conquête du suffrage universel. Écrite dans un langage accessible, déjà popularisé par l’Église, ce jeu de questions-réponses montre que, globalement, le peuple est opprimé par un état, à travers ses lois et ses institutions, qui est structurellement injuste. Ce nouvel outil de propagande est conçu pour servir de base de ralliement aux ouvriers qu’on cherche à rassembler lors d’une manifestation importante, le 13 juin 1886. Cette brochure connaît rapidement un succès retentissant qui oblige les éditeurs à la rééditer et à la traduire en néerlandais. En total, 230 000 exemplaires sortent de presse[1]. Ce succès inquiète grandement les autorités qui en interdisent la diffusion et cherchent à museler son auteur, Alfred Defuisseaux (1843-1901).
Sa mémoire est encore aujourd’hui intimement attachée à la province du Hainaut, en particulier à la région montoise et au Borinage dont la famille évolue au sein de la grande bourgeoisie politique et industrielle. Defuisseaux se fait un nom dans le milieu ouvrier en devenant, un temps, l’avocat du peuple, mais sa légende se forge dans sa mission d’agitateur socialiste radical ou, à tout le moins, celle d’un propagandiste passionné. Personnage haut en couleurs avec un impressionnant palmarès de condamnations judiciaires et d’exils, Defuisseaux a défendu la cause ouvrière à travers deux idées principales : l’instauration du suffrage universel et la poursuite du rêve républicain pour la Belgique[2]. De retour en Belgique à l’automne 1885, il bénéficie d’une oreille d’autant plus attentive chez les ouvriers que ceux-ci ressentent plus vivement une misère qui paraît s’exacerber face à la rudesse de l’hiver. C’est dans ce climat que naît son Catéchisme.

Portrait d'Alfred Defuisseaux, vers 1890.
À l’aide de la presse socialiste et celle de ses adversaires, cette analyse revient sur les étapes saillantes de la publication et de la diffusion de cet écrit subversif que les historiens ont généralement qualifié de remarquable et violent[3].
Effervescence de la diffusion
Defuisseaux s’enflamme davantage que ses coreligionnaires du POB, en s’investissant dans la quête du suffrage universel. L’événement du 13 juin est ainsi, pour lui, de « première importance ». Il se donne comme mission de réussir l’appel qu’il fait paraître sous le titre de Catéchisme du peuple. La publication n’a rien de révolutionnaire tant sur le fond que sur la forme, elle ne fait que traduire en langage simple ce que la propagande progressiste assène à chacun de ses meetings, dans ses journaux et dans d’autres publications ponctuelles[4]. Son véritable tour de force est de proposer une lecture frappante de la société, volontairement sans nuance, qui se décline en six leçons, complétées d’une septième qui tient plus de la conclusion. Chacune des parties s’articule autour d’un thème, par exemple l’impôt, pour montrer le poids des institutions sur les pauvres, dans ce cas-ci, le roi payé des millions « à [ne] rien faire », et se conclut par la nécessité du suffrage universel qui – on doit le comprendre en filigrane – permettrait de renverser l’ordre établi au profit d’un monde plus juste.
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Couverture et première d'un exemplaire du Catéchisme du Peuple, 1886. Comme beaucoup de publications de propagande de l'époque, celle-ci a été imprimée sur du mauvais papier très fragile en 2026.
La date de publication n’est pas connue avec précision. Sans doute a-t-elle commencé à être diffusée le 1er mars localement[5] mais ce n’est que le 4 mars qu’une publicité dans le journal Le Peuple fait sa promotion pour qu’elle soit lue partout dans le pays[6]. Les 5 000 premiers opuscules sont rapidement épuisés. À lire les organisateurs socialistes de la région de Mons-Borinage, Désiré Maroille (1862-1919) et Élisée Fauvieau (1852-1905), l’enthousiasme est grand. La version flamande du Catéchisme achève de donner à cet écrit son aura national. Parallèlement à ce véritable succès, le nom d’Alfred Defuisseaux, qui n’évoquait à peu près rien jusqu’en février 1886, est maintenant cité dans tous les journaux parce qu’on l’associe bien volontiers, et sans doute de manière exagérée, aux émeutes que connaissent les régions de Mons-Borinage, de Liège et de Charleroi à la fin du mois.
La réaction des agents du pouvoir
La Belgique est alors prise dans une véritable tourmente sociale entre le 18 et le 29 mars. L’un des signes de l’importance de ce mouvement de colère est le fait qu’on s’en inquiète même en dehors de nos frontières, notamment chez les voisins allemands[7]. Cet épisode de grogne sociale est resté dans les annales comme un des premiers du genre par son ampleur. Il exposait pour la première fois le mécontentement général de la population laborieuse[8].
La petite brochure à la couverture rouge est au cœur de toutes les récriminations. Dans la presse adverse, on souligne son succès avec fébrilité :
« Il est incontestable que le Catéchisme du Peuple, écrit abominable, contenant des excitations odieuses et qu’on a eu le tort de laisser vendre publiquement, fait un mal immense. Vingt trois mille exemplaires ont été vendus à l’aubette de la gare de Charleroi lundi dernier. Vive la liberté de la presse libérale et socialiste !... »[9]
Les métaphores de l’hémorragie et de la contagion transparaissent derrière tous les lieux de vente – à rapprocher de véritables plaies – où l’on peut se procurer le séditieux document. À Maffle, il est « dans toutes les mains »[10], à Péruwelz, il se répand « à profusion »[11], tandis que, dans le bassin de Liège, c’est par « charretées » qu’il s’y déverse[12]. L’image du mendiant, lieu commun de toutes les inquiétudes, est également mobilisé comme principal colporteur de ce « poison » au sortir de l’usine[13].
Aussi, y a-t-il une tendance à déresponsabiliser les lecteurs qu’il faut, néanmoins, punir. Des « entretiens » avec les grévistes font dire au correspondant d’un journal qu’ils ne connaissent rien des réalités économiques et récitent sans comprendre des bribes du Catéchisme[14]. De manière indirecte, certains laissent percevoir une interrogation sur le sort de ces ouvriers victimes d’une « malice satanique » qui « arrache[nt] à l’Église l’âme (…) de ces déshérités du monde »[15]. Les plus conservateurs d’entre eux, et les moins miséricordieux, réussissent à justifier la peine de mort pour ces gens, tout imprégnés des idées du Catéchisme, qui ne craindraient plus suffisamment Dieu et prôneraient, dans un moment d’égarement, la guerre civile, le meurtre et le pillage[16].
Et, en l’occurrence, c’est la violence qui a récolté les suffrages. La répression, par l’intermédiaire de l’armée, a été des plus terribles pour la région de Charleroi, surtout à Roux, qui s’est terminée par un bain de sang mémorable. Pour la paix sociale, le gouvernement a, tout de même, procédé à la mise en place d’une nouvelle politique sociale qui voyait, entre autres, la création d’une Commission d’enquête du travail[17].
Encore sous le coup de l’incompréhension, les réponses au Catéchisme fleurissent d’un peu partout. Il s’agit d’autres catéchismes qui imitent au mot près le titre retenu par Defuisseaux. Ceux qui en font la récension applaudissent ces initiatives pour « contrebalancer » les vérités émises par le socialiste. Ici, par exemple, pour légitimer les inégalités sociales :
« D. L'inégalité des conditions n'est-elle pas une injustice ? R. Non, il y a toujours eu, et il y aura toujours des hommes plus intelligents, plus laborieux, plus sobres, plus honnêtes les uns que les autres, qui, par conséquent, gagnent plus, conservent mieux et augmentent davantage ce qu'ils ont. »[18]
Déjà souligné en partie par les anti-socialistes, ces nouveaux outils de propagande ont beau être efficaces sur le plan rhétorique, ils font face à deux principaux écueils. Ils ne sont pas aussi populaires que la publication qu’ils sont amenés à réfuter. Le second, qui n’est pas évoqué frontalement, c’est qu’ils arrivent largement trop tard. « Qu'on ne s'y trompe pas », comme le note un commentateur anonyme, « il suffira d'un coup de vent pour rallumer l'incendie »[19]. En réalité, cet incendie ne relevait pas tant d’un esprit de révolte que l’auteur pointait mais plutôt des prémices d’une société de plus en plus acquise aux idées socialistes[20].
Les condamnations
Aux lendemains des grèves, le 10 avril, les autorités judiciaires font une descente dans les locaux du journal Le Peuple pour saisir préventivement ce qu’il restait du stock du Catéchisme et perquisitionnent le domicile d’Alfred Defuisseaux qui réside chez son frère, Léon (1841-1906), à Mévergnies, en vue d’un procès. Leur correspondance est aussi saisie[21]. Pour les chroniqueurs, cette affaire est du pain béni parce qu’elle donne un second souffle au document qui a déjà été abondamment distribué[22]. L’excès de zèle et les irrégularités de la part des agents judiciaires offrent d’ailleurs une parfaite illustration de la deuxième leçon du Catéchisme sur la justice inique[23].
Cette publicité permet également à Alfred Defuisseaux de construire sa légende. Très vite, il tire profit de ces projecteurs braqués sur lui pour écrire l’histoire de ses procès. Ses camarades socialistes sont avertis de la sortie imminente de presse de cette nouvelle brochure qui atteste de l’honorabilité d’un homme qui a le sens de la mise en scène :
« Ceux qui liront mon écrit diront, j'en ai l'intime et la profonde conviction, que je suis doublement digne de l'amour du peuple, et par mes convictions inébranlables et par les souffrances qu'elles m'ont values. »[24]
Juste avant l’ouverture du procès, le 26 mai[25], la manifestation du 13 juin, attendue avec ferveur par les socialistes, est interdite par le bourgmestre de Bruxelles, Charles Buls (1837-1914), qui a cédé aux volontés de Léopold II. C’est la première fois dans l’histoire belge qu’on interdit préventivement un rassemblement, preuve s’il en fallait des inquiétudes grandissantes des dirigeants au sujet du monde ouvrier[26]. Tous les regards sont maintenant tournés vers Defuisseaux qu’on s’apprête à juger dans un contexte d’indignation générale.

La une du journal Le Peuple, 5 juin 1886.
L’affaire du Catéchisme est amenée devant le Cour d’assises du Brabant à Bruxelles, les 4 et 5 juin. Defuisseaux et son éditeur, Édouard Maheu (1857-1897), sont accusés, à travers la publication du Catéchisme, de provocation à la désobéissance aux lois et d’offense à la personne royale. L’acte d’accusation est reproduit dans de nombreux journaux, y compris conservateurs, ce qui donne l’avantage aux socialistes d’encore diffuser de larges extraits du Catéchisme. « Il est impossible », selon la conclusion du document, « que ceux qui préparent la sédition dans les esprits en attendant que d'autres la fassent éclater dans les actes restent impunis »[27]. Pour se défendre, Defuisseaux a fait appel à son frère, Léon, et à Eugène Robert (1839-1911), tandis que Maheu est représenté par Guillaume Degreef (1842-1924).
Mais, parallèlement au travail des avocats, sa défense se joue aussi en dehors des tribunaux par voie de presse. Jean Volders (1855-1896) évoque les poursuites – on parle aussi de celles en cours contre le gantois Edouard Anseele (1856-1938) aussi accusé d’avoir incité à la désobéissance à la loi – qui sont menées contre « ces malfaiteurs dangereux », comme il les nomme ironiquement, que sont « ceux qui soutiennent les pauvres gens »[28]. Dans les numéros du 4 juin du Peuple et du Vooruit, les deux affaires avec de grands portraits des prévenus occupent près de 75 % du journal. C’est la consécration pour ces héros du peuple que Louis Bertrand (1856-1943) dépeint avec enthousiasme, surtout pour Defuisseaux dont le destin romanesque se conjugue avec les qualités les plus flatteuses « un parfait gentleman », « généreux » et « vaillant »[29]. Son portrait tranche quelque peu avec celui d’Anseele, fils de cordonnier, qu’on résume à son action socialiste et à ses récents démêlés avec la justice[30].

La une du journal Le Peuple avec les portraits d'Anseele et de Defuisseaux, 4 juin 1886.
Le procès est rapidement expédié. Le temps d’interroger Defuisseaux sur ses motivations et les témoins de chaque partie, les discussions sont assez vite évacuées. Le principal intéressé feint la surprise sur la tournure des événements et plaide la bonne foi. Le compte-rendu du journal Le Peuple ne va pas bien plus loin. Et pour cause, d’autres quotidiens, comme La Réforme, reprennent ses réponses qui tendent à montrer que son opuscule au langage volontairement simpliste devait s’adresser à un « peuple peu intelligent »[31], de son propre aveu. L’emploi du vocabulaire interroge la cour. Le président lui demande, enfin, d’expliquer l’utilisation du mot « esclave », qui laisse peu de place à une interprétation naïve. Defuisseaux minimise encore en déclarant que c’est le terme même employé par les ouvriers borains quand ils ont trop de travail. Les arguments ne convainquent pas. Le verdict tombe, seul Defuisseaux est condamné lourdement à un an de prison mais l’intéressé a disparu[32].
La route de l’exil
Sur l’invitation du Conseil général du POB et peut-être de son ami, le libéral Paul Janson (1840-1913)[33], Defuisseaux évite l’incarcération en réussissant une évasion spectaculaire avant l’issue du procès. Diverses versions des faits circulent dans les journaux – en dehors des socialistes qui couvrent leur camarade – qui désolent autant qu’ils passionnent :
« Alfred Defuisseaux, qui avait, en sortant du restaurant, revêtu un long pardessus, sauta dans la voiture. L’équipage descendit à fond de train, par la rue des Quatre-Bras, tous les boulevards jusqu’à la rue des Carabiniers, près de la caserne. Là, la voiture fit des zigzags et se dirigea du côté de la rue de Flandre. Arrivé au Vieux Marché aux Grains, près de la rue des Chartreux, Alfred Defuisseaux sauta de la voiture et disparut comme par enchantement. »[34]
« Où est Alfred ? », se demande-t-on aux lendemains du procès. Ses adversaires commencent, en effet, à utiliser ce ton narquois en l’appelant par son prénom. Il serait parti pour la France ; son frère l’aide à s’installer du côté de Valenciennes[35]. La rumeur se confirme lorsqu’il publie une lettre ouverte aux autorités françaises qu’il prie lourdement de l’accepter sur son « sol béni que la république protège »[36]. Il séjourne dans le Nord pendant deux mois avant d’en être expulsé sur demande du gouvernement belge. Il gagne Paris où il s’installe entre deux villégiatures à Nice[37].
C’est depuis la France qu’il apprend que le pourvoi en cassation, pour vice de forme, aboutit en sa faveur et qu’un nouveau procès est renvoyé à la Cour d’Assise d’Anvers. Si Defuisseaux se trouve maintenant isolé, comme le note l’historien Jean Puissant, il n’en reste pas moins proche des groupements ouvriers hennuyers et signe de nombreux écrits en faveur de la cause, notamment un nouveau Grand catéchisme du peuple qui annonçait une manifestation à la mi-août. En octobre, au moment du second acte judiciaire, les condamnations sont plus lourdes pour Defuisseaux qui écope de quatre ans d’emprisonnement, ainsi que pour ses éditeurs, qui doivent, pour leur part, purger une peine de deux mois[38].
Un divorce en guise d’épilogue
Defuisseaux, tout auréolé de gloire, s’émancipe de plus en plus des décisions de ses camarades du Conseil général du POB. Il fonde en avril 1886 un journal hebdomadaire titré En avant pour le suffrage universel avec l’aide de ses amis borains, Maroille et Fauvieau. C’est par ce canal qu’il continue à galvaniser les ouvriers du cru qui sont, comme le notent certains historiens, « prêts à le suivre presqu’aveuglément »[39].
À la suite de son exil, les positions qu’il défend dans son hebdomadaire évoluent. Son Catéchisme, que l’on pouvait juger incisif, fait maintenant place à de virulents appels à la révolution[40]. Cette manière de faire la politique déplaît à ses coreligionnaires, plus modérés, qui s’en distancient. Les mêmes cherchent également à faire taire Defuisseaux en reprenant de force son journal et publient sans son accord, début janvier 1887, un numéro qui s’éloigne de la ligne éditoriale radicale. Peu après, le Conseil général change de tactique en privilégiant la création d’un nouvel hebdomadaire l’Avant-garde qui devait finir par supplanter En avant. S’ensuit un jeu de grandes déclarations qui nourrissent le conflit. Defuisseaux finit par céder le premier[41]. Mais les relations s’étaient grandement détériorées.
Le 13 février, le Conseil général vote pour l’exclusion du fauteur de troubles, reconnu, par ses pairs, pour désobéissance à la discipline du parti. Il lui est aussi reproché de manquer à sa parole d’honneur[42]. La presse adverse fait ses choux gras de cette bisbrouille qui vient ternir l’image de ce jeune parti encore fragile. Les longues justifications d’un camp comme de l’autre embrouillent et ridiculisent leurs auteurs[43]. Mais plus encore, les attaques ad hominem de la part de ses anciens frères d’armes pleuvent. Celui qu’on encensait il y a peu comme un héros est devenu, pour Jean Volders, « un triste sire », un « charlatan », un « grotesque » ou, encore, un « rentier parasite »[44]. Defuisseaux n’élève pas davantage le débat et fustige les membres du Conseil général[45]. Le spectacle est d’autant plus pénible que le revirement est total et public. En revanche, le Catéchisme n’est jamais remis en question, l’œuvre demeure une « excellente brochure de propagande [qui vient] puissamment seconder la presse socialiste »[46].

Collection de catéchismes publiés par des auteurs socialistes.
Cette exclusion amène la création d’un éphémère et dissident Parti socialiste républicain, porté sur les fonts baptismaux le 15 août 1887. À la fin de l’année 1889, Defuisseaux reviendra vers le POB pour acter la réintégration qui aura lieu de manière officielle au Congrès du 6 et 7 avril 1890[47]. C’est sous cette bannière unifiée qu’il publiera d’autres catéchismes (Le catéchisme de la femme du peuple (1890), Le catéchisme des exploités (1894), etc.) et remportera même son siège de député socialiste de Mons de 1894 à sa mort, le 11 novembre 1901[48]. Après sa disparition, un véritable culte est né dans cette région qui l’a longtemps considéré comme un guide incontestable[49].
Conclusion
16 pages ont enflammé la Belgique en 1886, il y a tout juste 140 ans, et elles sont loin de constituer un simple épisode de l’histoire du POB, c’est l’une des premières victoires socialistes en Belgique, celle d’avoir fait communier pour la première fois des ouvriers de tout le pays à travers un texte qui leur parlait. On lui pardonnera d’être un pamphlet sans nuance parce qu’il a su s’imposer comme un véritable mantra. Son effet a permis d’imprimer durablement dans tous les esprits que le POB allait défendre et conquérir le suffrage universel. Des objectifs qu’il remplirait par étapes, d’abord avec l’introduction en 1893 du vote plural, et enfin du suffrage universel masculin en 1919 et, sans distinction de sexe, en 1949.

Carte postale avec le monument à Alfred Defuisseaux inauguré le 11 juin 1905 à Frameries.
Quant à Alfred Defuisseaux, sa mémoire est complexe parce que le succès apporte son lot de revers. Il a longtemps vécu dans le cœur des Montois et des Borains parce qu’il ne les a jamais abandonnés, même en exil, il a continué à défendre la cause ouvrière. Son Catéchisme était la première profession de foi de son engagement total envers les déshérités, comme il les a qualifiés, les esclaves de la société capitaliste. Si ses méthodes séditieuses ont effrayé ses contemporains, Alfred Defuisseaux n’en demeure pas moins révolutionnaire par sa trajectoire : transfuge de sa classe, héritier fortuné, il s’est engagé sans réserve pour une société plus juste. Ses héritiers politiques ont reconnu en lui le pionnier et lui on lui rendait un digne hommage pendant plusieurs décennies.
Lien vers le texte complet
[1] C’est le nombre généralement retenu mais certains avancent plus prudemment 200.000 exemplaires.
[2] Il n’existe pas de travaux biographiques complets sur Alfred Defuisseaux. Pour les grandes lignes de sa vie, on se rapportera aux indications présentes dans ces études : Phillipe Moureaux, « Socialisme et laïcité », dans Claude Desama (dir.), 1885/1985 du Parti ouvrier belge au Parti socialiste, Bruxelles, éditions Labor, 1985, pp. 232-234. Marinette Bruwier, « L’avant 14 », dans Marinette Bruwier et al., Mons-Borinage, Bruxelles, Présence et action culturelles, 1985, pp. 5-36 (collection Mémoire ouvrière n° 8). Pol Delfosse, « Defuisseaux Alfred (1843-1901) », dans Pol Delfosse (dir.), Dictionnaire historique de la laïcité en Belgique, Bruxelles, Fondation rationaliste et Editions Luc Pire, 2005, p. 87.
[3] Gita Deneckere, « Les turbulences de la Belle époque. 1878-1905 », dans Michel Dumoulin et al., Nouvelle histoire de Belgique. Volume 1 : 1830-1905, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, p. 63.
[7] Bernhard von Puttkamer, député de Reichstag, est frappé par les événements imputés aux socialistes et à leur Catéchisme. [Sans titre], L’Indépendance belge, 1er avril 1886, pp. 1-2. (Disponible en ligne : https://uurl.kbr.be/1068784)
[8] Gita Deneckere, op. cit., pp. 56-62.
[17] Gita Deneckere, op. cit., pp. 60-62.
[20] Gita Deneckere, op. cit., p. 63.
[26] Gita Deneckere, op. cit., p. 63.
[31] « Cour d’Assises du Brabant. Affaire Defuisseaux », La Réforme. Organe quotidien de la démocratie libérale, 5 juin 1886, p. 1. (Disponible en ligne : https://uurl.kbr.be/1743415)
[38] Jean Puissant, op. cit., p. 233, 236-237 et p. 251.
[39] Marinette Bruwier, op. cit., p. 16.
[40] Jean Puissant, op. cit., p. 234.
[47] Jean Puissant, op. cit., pp. 303-305.
[48] Marinette Bruwier, op. cit., pp. 21-23.
[49] Idem, p. 23 et p. 35.